Les curiosités d’Akadêmia, sources d’inspiration – Resmusica

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Critique du concert “Johann Christoph Bach” donné le 27 octobre 2017 à l’Oratoire du Louvre à Paris.

Le par

Plusieurs ensembles baroques passent cette année le cap des 30 ans, ces anniversaires révélant l’engouement dans les années 70-80, pour la reconquête d’une musique ayant désormais conquis un public aussi large que varié. Alors que Les Passions célèbrent cet évènement avec des musiques du Baroque méridional, a choisi de donner plusieurs concerts dont celui auquel nous avons assisté à l’Oratoire du Louvre de Paris consacré à Johann Christoph Bach, oncle du célèbre Cantor de Leipzig et membre de la famille de musiciens la plus féconde de l’histoire de la musique.

Les spectateurs pourraient penser que ce soir, au niveau de la programmation, ce n’est pas la tête d’affiche mais plutôt la doublure à laquelle on a fait appel (en même temps, être la doublure de , ce n’est pas rien !). Mais en réalité, c’est la musique d’un compositeur de grand talent qui est proposée, riche notamment d’une belle écriture polyphonique pour le double chœur, de lignes mélodiques du violon solo d’une extraordinaire virtuosité ainsi que d’harmonies audacieuses. Les attributions à Johann Sebastian de certaines de ses compositions attestent de cette grande qualité d’écriture.

Le respect des sources musicales cher à fait apparaître des sonorités directes, des couleurs franches et des lignes mélodiques déliées. L’ampleur du geste de est propice au déploiement d’une pulsation, d’accents et d’un mouvement musical presque théâtral. Cette direction permet spécialement à chaque soliste de s’attarder aux infinis détails expressifs et à chaque allusion, l’espace du geste de la directrice artistique donnant toute occasion aux chanteurs de développer un discours rhétorique propre à la musique de cette époque.

Dans cet art à part entière, le contre-ténor rayonne particulièrement dans le lamento Achn daβ ich Wassers gnug hätte. Sa voix fine, droite, pure et contenue est merveilleusement adaptée à cette musique comme nous l’avions déjà convenu au festival de la Chaise-Dieu cette année. Par le biais d’une ligne mélodique parfois étonnante et d’un figuralisme propre à la tradition italienne, le contre-ténor excelle avec des sons filés bien développés et des notes longues retenues se déployant au fur et à mesure en toute sobriété. Dans le dialogue Meine Freudin, du bist schön, ce sera la netteté sans faille de ses mélismes qui retiendra notre attention.

Malgré des graves métalliques, Matthew Baker expose une interprétation très minutieuse du lamento Wie bist du denn, o Gott, in Zorn auf mich entbrannt fort d’une diction et d’une projection excellentes. Cette basse démontre indubitablement un art d’orateur de très bon niveau en colorant chaque élan, en soulignant chaque rupture, et en appuyant toutes dissonances. Seule Veronika Winter nous fera émettre quelques réserves en déséquilibrant trop régulièrement les parties de chœurs et en manquant de souplesse dans des aigus qui se révèlent souvent brutaux.

Soutenus par un orchestre empreint d’une plénitude constante et de l’excellent violon soliste qui révèle durant toute la soirée d’extraordinaires passages fougueux et virtuoses où et les dynamiques de l’interprète sont sources d’une surprenante modernité, le double chœur fait preuve d’une homogénéité (hormis pour le pupitre des sopranos) et d’une intensité inégalable. Les parties pour voix d’hommes du motet Fûrchte dich nicht, denn ich hab dich erlöst, où chaque individualité fusionne, sont particulièrement remarquables d’élégance et de raffinement.

En vérité, ce qui fait la valeur des artistes de musique baroque actuels, ce n’est pas seulement leur esthétique, leur « authenticité », des phrasés justes ou bien encore des ornements bien placés ; c’est aussi – et surtout – leur soif de liberté, d’indépendance et leur impérissable curiosité. Ce soir, nous avons de la chance, Akadêmia et sa directrice artistique cochent toutes les cases !